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Arnaud le kayakiste

lundi 5 août 2024

Le kayak pour moi c’est le moyen de rester en contact, d’être au bord, d’être au ras, de longer, d’approcher, de découvrir. J’arpente le trait de côte sur les ondes comme d’autre le font sur la terre. Je m’éloigne en restant proche, je m’écarte pour observer, je flotte comme on surnage, conscient que l’on peut couler. Je rame comme chacun d’entre nous, j’étudie les courants, je joue avec les vagues, je sais les abris possibles, sur l’eau j’ai compris que ce n’est pas moi qui aura le dernier mot. Je fais des rencontres, la nature est là, je ne suis qu’un petit poisson, je reste ouvert, j’apprends à chaque fois.

Les fêtes maritimes sont une occasion d’approcher des mondes. Les hommes et les femmes naviguent depuis longtemps, certain.e.s à la rame ont traversé des océans, d’autres ont appris à faire avec le vent, les mers séparent, les mers relient, je m’approche, caresse du ras de l’eau les étraves, les proues.
La Penfeld s’offre à moi, je m’y engage prenant le temps d’observer chaque navire, d’observer là encore la ville d’un point de vue particulier. L’agilité de mon embarcation me permet toutes les manœuvres, un pont flottant barre le parcours, je me faufile en dessous et débouche sous le grand pont. Un agent de sécurité me fait un signe et me dit quelque chose que je ne comprends pas. Il y a la foule, il y a de la musique, il y a du bruit, je m’éloigne pour remonter vers l’amont et ce qui semble plus calme. J’ai l’impression soudaine que quelque chose s’est passé, là où je pensais être seul j’aperçois des promeneurs sur les rives, là où je pensais connaître ma ville je découvre des lieux nouveaux ou aménagés différemment.

En passant à proximité de la caserne du 2ème dépôt j’aperçois les arbres, ils ont été planté il y a déjà un moment offrant, en cas de chaleur élevée notamment, un espace ombragé pour les habitant.e.s du quartier, sans parler de l’apport pour la qualité de l’air respiré et de la valorisation de leur cadre de vie.

Je poursuis ma navigation et j’arrive près des cales de Pontaniou. Je peux distinguer les promeneurs prenant le temps d’observer le point de vue à partir du balcon du Bâtiment aux Lions. Ce nouveau lieu d’exposition, resté propriété de la Marine Nationale, est venu compléter l’offre culturelle de ce secteur de la ville grace à un partenariat entre les différents musées et organisations ayant pour mission de faire découvrir l’art dans ses multiples dimensions. Le terrain de de la Madeleine accueille d’aileurs en ce moment une exposition de sculptures d’une artiste de renommée internationale qui est visible tout le mois et que j’ai eu plaisir à découvrir. Le jardin est fermé chaque nuit. Un accord a été trouvé entre la Marine, Brest métropole, la SPL des Capucins avec l’appui du FRAC pour la gestion et l’animation du lieu.
Ces visiteurs occupant le balcon poursuivent leur visite vers d’autres lieux. Certains remontent par l’escalier vers les Capucins, d’autres grimpent par la rampe qui a été remise en état et rejoignent le jardin du 2ème dépôt.

Juste après les cales se dresse cet ancien bâtiment de la Marine resté vide des années et qu’un projet d’aquaponie a fait renaître. Là encore un partenariat a été trouvé et a permis de faire sortir par le haut une situation qui ne bougeait pas. Plusieurs institutions se sont associées pour œuvrer sur la question de l’autonomie alimentaire en lien avec Ifremer notamment mais aussi la Marine qui a perçu l’intérêt de cette approche notamment pour les équipages de la flotte militaire y compris les sous-marins, devenir plus autonome dans son approvisionnement permet aussi de prolonger si besoin sa présence sur certains sites nécessitant son attention.
L’aquaponie est un système de production alimentaire durable qui réunit la culture de plantes et l’élevage de poissons. Le bâtiment situé sur le quai de la Penfeld se dresse jusqu’à hauteur du site des Capucins. Pour à la fois utiliser ce bâtiment et répondre à certaines exigences de la Marine, la structure a été conçue pour une entrée par le haut. Le toit a été végétalisé, une passerelle a été aménagée pour permettre l’accès par le belvédère et tout l’interieur du bâtiment a été retravaillé pour élaborer une structure expérimentale de production alimentaire utilisant cette technique. J’ai eu l’occasion de visiter cette installation qui a trouvé un rythme de production et développé des techniques pour être également mise en œuvre à bord des navires.

En poursuivant ma remontée vers l’amont, j’ai aperçu et longé les banquettes qui elle aussi ont bénéficié d’aménagements. Je ne sais pas bien si c’est un changement de Préfet maritime, de Maire ou de Ministre, en tout cas un nouveau partenariat s’est mis en place pour définir des coopérations possibles dans l’intérêt de tous. Les banquettes ont alors basculé dans le giron de la métropole, ce qui a permis dans le même temps de sécuriser la base militaire, de lui ôter la charge de l’entretien de cet espace et a permis d’ouvrir un nouvel espace vert en cœur de ville. Le choix a été là aussi porté sur l’autonomie alimentaire. Une partie du site a été transformée en serres, ce qui conforte l’innaccessibilité du site militaire et permet une production directement utilisée par les cantines scolaires. Une autre partie, près de la porte d’accès du boulevard Jean Moulin, offre là encore un espace arboré mais cette fois avec le choix d’arbres de moindre tailles formant un verger dont la production est destinée elle aussi à rester locale. Le slogan bien connu « 5 fruits et légumes par jour » reste d’actualité.

En m’approchant du Salou, je vois là aussi l’évolution du site et la prise en compte qui s’imposait de plus en plus à nous. Là encore l’évolution des positions de la Marine était à saluer. Elle avait compris l’intérêt d’un partenariat devenu indispensable pour assurer à la fois ses intérêts mais aussi ceux du pays dont elle doit assurer la défense. Elle a accepté de se concentrer sur ses missions et de faire confiance à des partenaires qui peuvent à la fois lui apporter des expertises tout en étant utile à la collectivité. C’est ainsi qu’elle avait laissé la gestion de sa cale couverte près de la porte de la Brasserie au chantier du Guip qui entretient sa flotte de navires écoles à voile et qui se sert de cet équipement pour développer une activité de construction et de rénovation de vieux gréments. Un dispositif a été mis en place pour faciliter l’accès à la rade par la Penfeld.
Le bâtiment Fer ainsi que tous les ateliers du fond du Salou ont été transformés de deux manières. La première, une centrale solaire a recouvert l’ensemble des bâtiments, s’intégrant ainsi dans la démarche de la collectivité d’être le plus autonome possible en énergie. C’est la métropole qui s’est chargée de mettre en œuvre ce projet. La seconde dimension a été elle aussi novatrice pour ce site. Sa transformation en un lieu de recherche sur des alternatives à la production d’énergie nucléaire s’est inscrite dans la ligne définie par le nouveau gouvernement qui a voulu sortir des énergies fossiles au sens large. Notre dépendance à l’uranium, que l’on ne possède pas sur notre territoire, a conduit à la mise en place d’un fond de recherche national. La collectivité scientifique locale s’en est saisie avec l’appui de la métropole et le soutien de la Marine. Elle voyait là encore son intérêt dans ce partenariat pour la recherche notamment d’alternatives pour la propulsion de ses navires.
En approchant de l’arrière garde, je voyais aussi les supports d’experiences menées et de structures déjà en place autour des énergies marines, les marées, la houle, les courants et le vent, tous ces aspects et d’autres sûrement en cours d’expérimentation étaient là. Ces fruits d’un partenariat utile à tous me semblait encourageant pour l’avenir.

Assis dans mon kayak j’avais souvent imaginé que l’énergie marine dont j’étais entourée aurait pu me servir... Là il me fallait continuer à pagayer pour revenir vers la rade où la fête continuait sans doute. Cette remontée de la Penfeld m’avait donné un baume au cœur. L’intérêt général semblait avoir été un guide pour faire évoluer cet espace et les pratiques de ceux l’occupant, il y a sans doute plusieurs façons de « défendre » son territoire.
Tout ça me semblait plutôt encourageant, une question me restait en tête : ces visions allaient-elles disparaître quand je repasserai sous le pont flottant de Recouvrance … ?

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