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G_O, la graffeuse
lundi 5 août 2024
Je m’appelle G_O et c’est moi le graffeur dont on parle dans l’article ; en fait, je suis graffeuse. Je me promenais du côté des Capucins avec une idée en tête et des bombes de peintures dans mon sac à dos. Je cherchais un endroit pour traduire sur un mur ce que je voulais rappeler à tout ce monde venu voir des bateaux. Rappeler qu’il y en avait qui s’étaient fixés comme objectif de sauver des vies en mer et notamment des migrantes et leurs enfants. Quand j’avais appris que le responsable de FRONTEX était sur la liste du Front National aux élections européennes, je m’étais dit que ces âmes humaines dérivantes étaient bien mal parties.
Comme je n’avais pas 20 balles à mettre pour entrer dans la fête, je tournais autour depuis deux jours pour repérer l’endroit. Je cherchais un surface visible et d’une certaine façon symbolique. Alors, quand j’ai vu que des personnes débarquaient sur le quai sous le Bâtiment aux Lions j’ai filé rue de Saint Malo pour voir ce qui se passait et j’ai tout de suite compris que c’était le signe que j’attendais, il fallait que j’y aille.
Peindre ça peut prendre du temps et personne n’était capable de me dire pourquoi c’était ouvert ni pour combien de temps. J’en avais entendu nulle part avant, ça sentait le coup de bol qu’il ne fallait pas louper. Avant de me lancer dans cette aventure, je me suis dite que plus il y aurait de monde à entrer plus ça prendrait de temps pour les faire sortir et donc plus j’aurai de temps pour faire mon graff. Alors je suis remonté vite fait auprès des Capucins et j’ai annoncé à ma façon cet événement dans l’évènement. J’ai fait un rapide tour du quartier : 2ème Dépôt, Pontaniou, PLR et abords de Quéliverzan, pour guider si possible une foule vers le terrain de la Madeleine. Si j’ai pu contribuer à cette découverte c’est déjà ça. Et puis ce fut à mon tour de m’engouffrer dans ce petit passage pour ressortir de l’autre côté. Là, j’ai quand même fait une petite halte, les perspectives qui se dessinaient devant nous étaient impressionnantes. Pour une dessinatrice ou une peintre il y avait là un beau terrain de jeu.
Comme je savais que le temps d’une certaine façon était compté, j’ai filé sur la gauche pour rechercher le lieu qui allait convenir à mon projet. N’étant jamais venue là, je n’avais aucune idée précise de l’endroit où je devais me rendre. Cet espace clos, je n’avais pas imaginé y pénétrer un jour. C’est pas que c’est impossible, j’ai des copains qui sont déjà passés par dessus les grilles dans la descente vers l’arrière garde, mais moi je ne cours pas trop après les emmerdes, déjà qu’avec mes graffs j’ai déjà eu l’occasion de faire connaissance avec la police, ça suffit. Mais aujourd’hui, l’occasion est trop belle et c’est au grand jour que j’ai envie de faire mon travail.
J’ai longé les quais, cherchant « l’endroit », je n’arrivais pas à me décider. Je voulais quelque chose de visible une fois que les portes seraient refermées, le mieux aurait sans doute été d’être en proximité du pont de Recouvrance mais je ne me donnais pas ¼ d’heure avant que les militaires déboulent. Alors, je m’enfonçais plutôt vers les portes de Bellevue ou Kerinou, mais les points de vue n’étaient pas exceptionnels. Finalement c’est un peu le hasard qui m’a fait choisir.
Je marchais sur les bords du quai, il y avait plein de gens et tout ce monde y allait de ses commentaires, de ses interrogations sur cette ouverture tenue secrète … ça semblait être la découverte pour toutes et tous, toucher du doigt d’une certaine façon ce que chacune et chacun avait pu observer de loin. C’est comme dans le dessin, là encore les perspectives sont parfois trompeuses. On croit que c’est petit, en fait c’est juste loin. C’est au pied de la montagne qu’àn voit qu’elle est immense.
Je suis passée près d’un groupe d’homme qui discutaient de leurs voix fortes et je les ai entendus parler du bâtiment « FAIRE » . Je ne comprenais pas bien le pourquoi de cette appellation, alors je me suis arrêtée pour leur demander une explication. C’est là que j’ai compris deux choses. La première, c’est que je me trompais sur l’orthographe, il s’agissait ici de « FER », du métal. La seconde, c’est qu’on parlait ici de construction de bateaux. J’ai su tout de suite que c’était sur ces murs que je devais construire le mien … un bateau qui parlerait de migrants, de solidarité, de dérèglement climatique, d’amitié entre les peuples, de liberté de circuler, d’attention au monde, de tout ça à la fois...
J’ai posé mon sac à terre et j’ai commencé à mettre en œuvre cette phrase lue un jour sur un mur : « c’est pas dire qu’il faut dire, c’est faire qu’il faut faire », c’est aussi ce qui m’a conduit à signer mes graffs G_O.
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