Accueil > Avenir > Une ex étudiante de Géoarchi

Une ex étudiante de Géoarchi

lundi 5 août 2024

La première fois que j’ai vraiment regardé la Penfeld ce fut pendant mes études à l’Institut de Géoarchitecture. Je pourrai même dire dire que c’est durant la période où l’architecte urbaniste, Paola Vigano, est venue travailler sur le cœur de métropole. Je suis une brestoise pur fruit pur sucre et pour moi la Penfeld c’était les rives à Bellevue où mes parents m’emmenaient jouer, me promener quand j’étais petite. Je ne sais trop comment je suis arrivé à l’urbanisme, mais après la rencontre avec cette femme, j’ai su que c’était le domaine dans lequel je voulais intervenir. Je garde en tête l’intensité du workshop qu’elle avait animé et les échanges riches avec les étudiant.e.s de la fac de Lausanne qui étaient venu.e.s avec elle. J’ai gardé contact avec Julie, une de ces étudiantes qui logeait à la maison et avec qui je suis devenue amie. Grâce à elle j’ai réussi à faire un stage dans le cabinet de cette urbanisme sur un de leur projet à Genève. Une expérience inoubliable pour moi.

Et comme une sorte de renvoi d’ascenceur cette femme m’a amenée à regarder autrement ma ville. J’avais noté ce qu’elle disait dans un interview : « Brest me fascine, c’est une ville-paysage, on ne peut la détacher de la rade ni des vallons, les plans inclinés qui descendent vers la Penfeld – des moments extraordinaires à l’intérieur d’une ville bâtie. » Pour elle, Brest était un objet unique qui devait faire de sa situation incroyable un atout, « en repensant, entre autres, quelques sites de la Marine militaire, or celle-ci prend son temps ».
Brest, jusqu’alors, ne me « fascinait » pas tant que ça, mais cette femme avait la capacité de faire ouvrir des yeux et incitait à réfléchir sur notre futur.
Dans ma formation, j’avais parfois l’impression du contraire. La guerre avait fait ses ravages dans Brest, un urbaniste avait eu une vision pour sa reconstruction, il y avait lieu de le, de la « glorifier ».

Paola Vigano, elle parlait de la gravité du réel, de la transition, de la démarche « biopolitique » . Et cela, ça me convenait, tout comme son approche faite d’allers et de retours avec les habitants pour comprendre le concret de leurs vies et apporter son expertise pour élaborer des projets ensemble.
Alors, dès que j’avais une occasion de regarder ma ville, de découvrir des espaces que je ne connaissais pas, ça m’amenait à faire des liens avec les troubles divers qui viennent impacter notre planète : montée des eaux, perturbation du climat, guerre en Ukraine et ses menaces sur les centrales nucléaires, guerre Israël/Palestine, migrations économiques ou climatiques et j’en passe. A chaque fois je m’interrogeais, comment l’urbanisme d’une ville peut être attentive à ces mouvements et comment anticiper les choses tant avec les habitants qu’avec les décideurs ou institutions en place. Sur quelle échelle de temps devons-nous nous placer. Ce sont des sujets que j’évoque souvent avec Julie. Elle vit toujours en Suisse dans un contexte qui n’est pas celui de Brest.
Je l’avais invitée à venir aux fêtes maritimes, elle n’était pas revenue ici depuis le workshop de 2018. Elle a accepté immédiatement et s’est replongée durant une semaine dans ce microcosme qu’elle avait effleuré durant une semaine.

Parmi toutes les découvertes que nous avons pu faire ensemble, il y a eu cette surprise de pouvoir rentrer dans l’enceinte militaire, ce qui semble-t-il n’était pas programmée, et de pouvoir observer à nouveau cet espace au niveau de l’eau. Nos réflexions de l’époque, nos suggestions faites en groupe de travail nous sont rapidement revenues en tête. Il y avait notamment cette image du « canyon » qui avait été évoquée pour signifier la façon dont avait été reconçue la Penfeld pour, d’une certaine façon, l’extraire de la ville, pour en faire un espace à part. En même temps, à bien observer la géographie du lieu, et sans doute pour pouvoir aussi s’en extraire ou faciliter l’articulation entre les différents espaces militaires, on pouvait observer une sorte d’opposition entre « l’art de la rampe » versus « le rempart ». Si demain Brest voulait refaire le lien avec son fleuve en cœur de ville il y avait déjà des structures pour le faciliter. Des quais on pouvait remonter vers le secteur du Quartier Maître Bondon ou des Capucins, il y avait un lien possible des Capucins vers Pontaniou et le 2ème Dépôt, et sur l’autre rive, la liaison avec le boulevard Jean Moulin était également présente...

On a passé une bonne partie de la journée à observer les lieux et les personnes qui, d’une certaine façon, en avaient pris possession. Comme à chaque enquête de terrain j’ai aussi pris plein de photos, fait des croquis, pris des notes. Je ne sais pas ce que je ferai de tout ça. C’était pour moi comme autant de pistes ou de perspectives pour un travail spécifique sur ce lien haut/bas ou sur la question d’une réappropriation de parties du site pour leur intégration à la vie quotidienne de la ville et de ces habitant.e.s et tout ça dans la perspective complexe de demain...

Heureusement, d’une certaine façon, on a rencontré aussi des copains qui avaient la tête à autre chose qu’à ces considérations urbanistiques voire philosophiques. Ils nous ont entraînées vers le port de Co où l’esprit était beaucoup plus à la fête. On a fini la journée là-bas de joyeuse façon … mais tout de même, j’avais toujours dans un coin de ma tête cette « porte ouverte » que nous avions franchie rue de Saint Malo et qui m’amenait à penser aussi au futur...

retour à la liste

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.