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Jacqueline la semeuse
lundi 5 août 2024
Quand j’ai vu dans le journal qu’on pouvait écrire ce qu’on a fait quand les portes du terrain de la Madeleine étaient ouvertes, je me suis dit que j’allais me lancer. Ecrire c’est sans doute pas ce que je fais de mieux mais il y avait peut-être là une occasion de dire une chose que je voudrais voir se réaliser.
Moi, j’habite Recouvrance depuis longtemps et je vois bien qu’il y a plein de chose qui change et pas toutes selon mes goûts. A chaque fois qu’il y a des réunions de quartier pour voir qu’est-ce qu’on pourrait faire, je dis ce que je pense et puis c’est autre chose qui se fait, mais je continue à dire et c’est ce que je vais faire ici.
Tous les jours je marche dans mon quartier, je ne fais pas toujours le même circuit, ça dépend de ma forme et de mes envies. L’année dernière, vers la fin de l’été, je passais par la rue de Saint Malo et j’ai vu un jeune homme pousser la porte du terrain de la Madeleine, rentrer dedans et refermer derière lui. Je ne savais pas qu’on pouvait y entrer comme on voulait, alors j’ai fait pareil que lui, j’ai poussé la porte et je suis entrée. Le gars prenait des photos, on est resté discuter un moment et il m’a expliqué qu’il ne savait pas pourquoi c’était ouvert et qu’il y avait régulièrement du monde à faire ce qu’on venait de faire. J’ai découvert ou redécouvert cet espace, j’y suis restée une bonne heure je pense. J’avais déjà eu l’occasion d’y entrer, notamment quand ils avaient installés un chapiteau avant l’ouverture des Capucins. J’en avait gardé le souvenir d’un espace dégagé, certaines diraient « entretenu ». Et puis j’avais pu aussi y glisser un œil quand il y avait eu les travaux sur le Bâtiment aux Lions, les entreprises passaient par là pour y accéder.
Mais cette fois-ci le terrain avait une toute autre allure, on aurait dit une friche. Je ne suis pas une spécialiste de grand chose mais ce que j’aime bien c’est jardiner, être dans un jardin, gratouiller la terre, semer, planter et regarder pousser.
Alors, pendant plusieurs semaines je suis venue dans ce jardin interdit tous les matins et tous les soirs, de préférence quand il n’y avait personne, et j’ai fait ce que j’aime faire. Septembre n’était peut-être pas le meilleur moment pour ça mais j’avais bon espoir d’avoir le temps de voir le résultat de mes petites activités. Et puis un samedi c’était la Journée du Patrimoine, il y en a qui ont poussé les portes en grand et plein de monde est entré dans le jardin. Après tout l’idée pouvait ne pas être idiote, le terrain de la Madeleine fait bien partie de notre patrimoine … sauf que le soir même les portes ont été fermées de l’interieur et je n’ai pas pu retourner voir si mes plantations avaient trouvé ce terrain à leur goût. Je leur en ai voulu à ceux qui avaient ouvert en grand et à ceux qui avaient refermé. J’en ai voulu à ceux qui avaient promis qu’ils ouvriraient et qui ne l’ont pas fait. Je ne comprends toujours pas pourquoi ce jardin ne pourrait pas être intégré vraiment dans le quartier, il est clos, facilement sécurisable et puis ça bouge tout autour, des Capucins au 2ème Dépôt en passant par Pontaniou.
Alors, quand j’ai appris qu’ils avaient rouvert pour les fêtes maritimes, je suis descendu voir ce que mes plantations étaient devenues. Je dois le dire à regret, je n’ai pas vu grand chose, il y avait bien quelques fleurs mais peut-être étaient-elles venues toutes seules. J’ai quand même été satisfaite de voir deux pêchers qui semblaient s’en être sortis. Quand je mange des pêches de vigne, je garde les noyaux que je mets dans un pot avec de la terre. J’avais lu quelque part que ça poussait facilement. J’en ai déjà replanté plusieurs dans les jardins autour de chez moi ou du côté de Quéliverzan et des étangs de Penfeld. Après tout, les arbres ne demandent pas d’autorisation pour pousser. Là, il y en avait deux qui avaient l’air de se plaire ici. Comme je ne savais pas combien de temps ça allait resté ouvert, je suis rentrée vite fait chez moi prendre d’autres choses à semer et je suis revenu au terrain et y suis restée aussi longtemps que j’ai pu.
Ici c’est comme partout, il y a ceux qui veulent tout et ceux qui ne veulent pas que ça bouge. Il y a ceux qui secouent le cocotier et ceux qui disent qu’ils vont faire. Et puis il y a ceux qui poussent un peu les portes et qui sèment des graines … Je ne suis pas allée plus loin que le terrain. Moi, ce que je voudrais, c’est qu’il s’ouvre au quartier. Je ne vois pas ce qu’il a de stratégique ou en rapport avec la sécurité de la base là-dedans, peut-être qu’il y aurait plutôt une sorte de flemme, une incapacité d’agir ou d’écouter les gens comme moi, comme nous. En tout cas dès que les portes s’ouvriront je retournerai voir mes petites plantations.
Jacqueline
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