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Loïc et moi … un déjeuner sur l’herbe

lundi 5 août 2024

Moi, quand je ne suis pas obligé de me lever je fais comme dans la chanson, « je reste dans mon lit douillet ». Il faut dire que la veille j’étais resté traîner sur le port après les concerts, et une journée à faire des ronds dans l’eau avec le voile-aviron de copains. Plein de belles images qui avaient bercées ma nuit sans vent, sans vague. Au moment où le téléphone a sonné j’étais un peu comme à la dérive, je laissais le courant me porter. J’ai même failli ne pas décrocher. C’était Loïc qui m’annonçait la nouvelle : le terrain de la Madeleine était ouvert et on pouvait aller se promener sur les bords de la Penfeld.

Moi, j’habite Brest depuis à peu près 40 ans et en dehors des fêtes maritimes je ne suis quasi jamais allé sur ces espaces militaires. Une fois avec la randorade j’avais longé à partir de l’arrière garde, une autre fois j’aurai pu mais il fallait courir 10 km sur le port et ça ce n’est pas trop mon truc … et puis il y a eu Brest 92 et puis 96. Je me souviens de ce concert des Dubliners près des cales de Pontaniou, c’est là je crois que j’ai connu Loïc. Lui, il était de la maison, il avait grandement eu le temps de découvrir les quais, il les avait arpentés en long, en large et parfois même en travers si j’en crois ce qu’il m’a déjà raconté. Maintenant il est en retraite, l’amiante lui a offert quelques années … en espérant qu’elle ne les récupère pas ou au moins pas trop tôt.

Ce matin, il se proposait de me servir de guide, il n’y avait plus qu’à. Il m’attendait en haut de la rue de Saint Malo, je n’en avais pas pour longtemps, Quéli est à deux pas, et pour lui il ne fallait pas traîner ce n’était pas certain que ça reste ouvert très longtemps.

Quand je suis arrivé au lieu de rendez-vous, j’ai été surpris par le flot qu’absorbait la rue, ça dégoulinait de partout et ça s’engoufrait chez Madeleine comme une crue vous emporte. A peine le temps de saluer deux ou trois têtes connues que Loïc me poussait dans le passage sous le Bâtiment aux Lions, impatient qu’il était de retrouver un de ses anciens terrain de jeu. Si je devais raconter tous les épisodes dont il m’avait rebattu les oreilles, vous n’auriez pas assez de vie pour les consigner dans un carnet, un vrai moulin à paroles.
En arrivant sous la voute de pierre, on voyait déjà que le spectacle serait à la hauteur. Moi qui ai déambulé dans Brest dans tous les sens, j’entrai là dans une sorte de ville inconnue. De toute évidence je n’étais pas le seul à ressentir ce choc. Beaucoup de monde s’arrêtait sur le belvédère, qui lui, aurait mérité la fameuse appellation « Balcon sur la Penfeld ». Il y avait ceux qui tout à coup se taisaient saisi par la surprise de la découverte. Il y avait ceux qui n’arrêtaient pas de photographier dans tous les sens (du terme). Il y avait ceux qui exultaient de joie, leur Brest avait encore plein de ressources à leur proposer. Il y avait ceux qui n’arrêtaient pas de poser des questions, sans doute un peu loin du quotidien de cette ville et qui ne saisissaient pas vraiment la particularité du moment. Et puis il y avait Loïc qui me tirait par la manche pour descendre sur les quais, il avait une idée en tête, profiter de la matinée pour un retour sur les lieux d’une partie de sa vie.

En bas de l’escalier, il y avait deux courants. Ceux qui partaient sur la droite pour rejoindre le petit pont et la fête. Ceux qui viraient à gauche pour une traversée vers l’inconnue. Loïc était persuadé qu’il n’y avait rien d’officiel dans cette ouverture, il n’y avait pas de militaire à portée de vue et il n’y avait pas de vigile à l’entrée du terrain de la Madeleine. Vue le nombre de passagers à bord de cette petite aventure, il pensait qu’on avait un peu de temps devant nous pour s’enfoncer vers l’arrière garde, voire la porte de la Brasserie et qui sait faire le grand tour. Alors, sans trop traîner, c’était parti pour un tour. Moi, j’avais j’avais souvent la tête levée vers la ville, je la redécouvrais vu d’en bas, ne comprenant pas bien pourquoi il m’avait fallu tant d’année pour accéder à ça, d’autant qu’une bonne partie des espaces que nous parcourions semblait comme vide, à l’arrêt, sans vie, comme désertée. Loïc récitait sa leçon dont des parties que j’avais intégrées depuis longtemps, il me l’avait souvent déversée sa vie d’arsenal, mais cette fois elle ne m’apparaissait plus théorique, il montrait un bâtiment, un lieu particulier, ses histoires prenaient vie.
La matinée avançait, nous aussi, on avait fait des détours dans le secteur du Salou, Loïc voulait me montrer le dessous des choses. Il avait rencontré quelques anciens collègues et ils réécrivaient ensemble leur histoire. Cette fois, c’est moi qui l’ai tiré par la manche pour poursuivre notre périple. Dans les bouts de conversations que l’on captait autour de nous, on percevait que la Préfecture Maritime était en train d’oeuvrer pour faire sortir en douceur tout ce beau monde qui avait envahi les lieux.

On est passé sans encombre à côté de la porte de la Brasserie et on a commencé le retour vers le château. En passant sous le boulevard Jean Moulin, j’ai rappelé à Loïc l’engagement pris par le Maire à l’occasion des dernières élections municipales d’ouvrir ce qu’il appelait « les banquettes » à l’endroit de l’ancien bagne. Pour l’instant rien n’avait bougé, dans la presse il avait dit que les choses avaient changé, moi j’avais plutôt l’impression que c’était plutôt le contraire, ça ne changeait pas. Avec Loïc on a grimpé la rampe pour aller voir ça de près, une terrasse herbeuse avec vue sur la Penfeld, sur les Capucins, le pont de Recou … On aurait bien fait une pose sur un banc s’il y en avait eu un, le soleil était au rendez-vous, on aurait bien bu un coup là juste pour le plaisir, pour profiter de l’instant. Il nous semblait n’avoir croisé rien de particulièrement « secret défense » depuis le début de notre balade. Là, à regarder le monde découvrir ces espaces, on se disait que notre ville avait une âme et qu’on ne devrait pas la regarder d’en haut. Loïc a proposé qu’on n’aille pas jusqu’à la porte Tourville, qu’on reste là assis pour un diner sur l’herbe. Le cachotier avait tout prévu, il a ouvert son sac, il ne nous restait plus qu’à partager le pique-nique qu’il avait préparé. Il est comme ça Loïc.

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