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Un marin de la Marine
lundi 19 août 2024
Bonjour
J’ai des responsabilités au sein de la Préfecture Maritime de Brest et je suis un « Yannick » de naissance, il y a sans doute des liens entre ces deux aspects de ma vie. Les proximités parfois facilitent les passages. Ce que je veux dire en mettant en avant ces éléments, c’est que je suis attentif à la fois à la situation internationale du fait de mon engagement et compte tenu notamment des tensions actuelles et je regarde avec attention l’évolution de la ville où j’ai vu le jour, que j’ai quitté à plusieurs reprises et où je suis à nouveau en fonction. Ma famille est ancrée sur ce territoire et j’essaie, à ma mesure, de contribuer à son développement, son dynamisme. Cela fait plus de 30 ans que je suis engagé dans la défense de mon pays et à travers cela dans la défense des droits humains. Je connais par cœur l’article 1 de la Déclaration Universelle : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droit. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. » C’est ma boussole, c’est mon guide et pour suivre la bonne voie j’essaie de rester attentif à ce qui passe dans le monde et aussi autour de moi dans la proximité.
Les « signaux faibles », comme on dit, sont à considérer avec autant d’attention que les bruits assourdissants qui résonnent dans les différents caissons que le monde numérique par exemple à mis à notre disposition. En ce qui concerne Brest et son évolution, il y a bien évidemment son lien avec la Marine Nationale. Les temps changent, c’est un fait, mais ils ont toujours changé et nous devons faire avec. Ce qui pourrait être considéré comme un inconvénient, est qu’on ne sait que très rarement comment les choses vont changer. Pour moi c’est là qu’intervient la principale difficulté : la capacité ou non à s’adapter. L’exemple de Brest est de ce point de vue assez intéressant à regarder, me semble-t-il, et notamment dans le lien militaires-habitants à travers l’activité économique et l’emprise sur l’espace urbain. Les pratiques industrielles ont évolué aussi dans la construction navale, dans la relation entreprise privées / main d’oeuvre étatique, et au sein de mon institution les points de vue ne sont pas unanimes et pas toujours discutés.
Brest a connu la construction du Charles De Gaulle durant 15 ans, aujourd’hui on ne construit plus de bateau de cette manière. Des ouvriers d’Etat de l’arsenal de Brest ont travaillé un moment sur des structures de plate-formes pétrolières qui n’avaient rien de militaire, aujourd’hui il n’y a quasi plus d’ouvriers d’Etat.
La géographie urbaine de Brest a longtemps été assujettie aux volontés de la Marine, les remparts à une époque, la division du port entre commerce et Marine à une autre, puis la reconstruction d’après guerre confirmant les périmètres d’activités de chacun. Et puis, comme dans une forme de marche arrière diront certains, ou une évolution positives diront d’autres, la rétrocession du Port du Château, des Capucins, puis à venir le 2 ème Dépôt et l’Ile Factice offrent de nouvelles perspectives à la ville. Un Préfet Maritime avait proposé que la cale de radoub n°4 située au sein du périmètre militaire puisse être mis à disposition de la réparation navale civile. A l’inverse pourrait-on dire, une commission parlementaire a été mise en place pour étudier quels rôles les acteurs du territoire pouvaient prendre dans la défense nationale. On voit bien que les articulations civils/militaires évoluent et continueront à le faire. A Brest comme ailleurs, il sera essentiel pour tout le monde de trouver des modalités de coopérations qui existent déjà entre partenaires économiques mais qui ne se concrétisent pas encore trop bien dans le domaine de l’occupation des lieux. La Marine pense à ses besoins pour aujourd’hui et pour demain et comme les autres il lui est difficile d’imaginer après demain. Brest n’est qu’un lieu d’accueil pour une Préfecture dont le champ d’intervention est sans commune mesure avec les intérêts locaux … même si à sa manière la Marine joue aussi le jeu de l’image de la ville. Les exemples sont nombreux : le Musée au Château, les actions qu’elle mène dans le domaine culturel et historique, comme cet été avec l’exposition sur la Jeanne d’Arc, bâtiment emblématique, et bien évidemment sa place au sein des Fêtes Maritimes.
Vous vous demandez peut-être où je veux en venir avec tous ces rappels … Je voulais évoquer cette question du terrain de la Madeleine et du Bâtiment aux Lions qui ont connu cette intrusion importante durant ces dernières Fêtes. Importantes selon plusieurs aspects. Bien évidement, en premier lieu sur la sécurité de la base militaire sur laquelle on ne peut entrer sans autorisation et qui doit faire l’objet de toute notre attention. En second lieu sur le nombre de personnes qui ont ainsi pu déambuler avec une forme d’engouement sur des espaces au cœur de leur ville qui leurs sont habituellement interdits. Enfin, sur la gestion de ces espaces intermédiaires et leur évolution au regard des contraintes qui sont celles de la Marine Nationale et des projections dans le temps des espaces qui nous sont ou seront nécessaires.
Depuis des années le devenir de cet espace Madeleine/Lions va et vient dans les discussions avec les différentes autorités locales, selon les interlocuteurs. Comme souvent dans ces cas là, c’est souvent une forme d’inertie qui l’emporte. La priorité de la Marine n’est pas obligatoirement de réfléchir au devenir de bâtiments dont elle n’a quasi plus d’usage et dont la rétrocession lui coûterait du fait notamment de la dépollution des sites. Rappelons le, le domaine d’intervention du Préfet Maritime de l’Atlantique s’étend du Mont Saint-Michel à la frontière espagnole. Mais cette grande administration qui est la notre comprend en son sein des services, voire des personnalités, qui savent se saisir de sujets qui ne nous semblerait pas prioritaires, qui savent utiliser des réseaux internes dont ils maitrisent les fonctionnements et ainsi bloquent d’une certaine façon des évolutions possibles avec des partenaires en jouant soit sur des cordes sensibles auprès d’autres administrations (la Culture a par exemple financé 4,5 millions d’euros de travaux sur le Bâtiment aux Lions), soit en interne auprès de tenants du « j’y suis, j’y reste » ou du « pensons à nous aussi ».
En ce qui me concerne, ces deux espaces n’ont pas de rôle dans notre défense nationale ni dans notre dispositif industriel. L’emplacement de ces deux sites (Madeleine et Lions) n’en font pas un risque en matière de sécurité. Il me semble, mais ce n’est que mon point de vue personnel, que ces deux espaces pourraient faire l’objet d’un partenariat avec la collectivité locale (comme c’est le cas par exemple pour le Fort Montbarey, toujours propriété de la Marine mais mis à disposition de la collectivité locale dans un cadre précis).
Le natif de Brest que je suis, avec cet attachement à la ville qui reste fort en moi, y verrait un élément positif dans une forme de valorisation à la fois de l’histoire de la ville, de la capacité des partenaires du territoire à préparer son avenir, sans renoncement mais avec une volonté d’écrire ensemble de nouvelles pages pour un avenir commun.
Je vous remercie pour votre attention.
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Messages
1. Un marin de la Marine, 19 août 2024, 23:43, par Bourguignon
« de la dépollution des sites. »
Ben fallait pas polluer …